Manifeste(s)

[…][La littérature n’a pas de centre, de sens non plus.][La littérature émane de toute marge.][La littérature trace, efface, recommence.][La forme langagière se révèle multiple.][La variation témoigne d’une nécessité de se projeter au-delà.][L’époque s’enlise en l’incertitude.][Sur tintement des marchés se calquent les respirations.][Les mots ordinaires se masquent d’oubli s’ils ne recherchent leur écho.][En offrande incolore leur mort, publicitaires ou politiques les messages.][Substances subversives à qui se joue du spectacle.][Fadeur quand l’individu commande.][Devient électrique le règne d’une littérature qui ne s’accommode d’aucun pouvoir.][Un objet cloisonné à une catégorie marchande, un bon livre.][Une forme séculaire, l’ennui, et les pages se tournent et se tournent.][Doucereux les temps, immobiles les temps, mensongers les temps, trahison le mouvement des temps.][Ce qui se décompose n’attend que sa célébration.][La littérature est une impossibilité de dire que la littérature est.][La littérature dézingue des nuages.][La littérature en multitude de littératures.][La littérature devance l’aurore.][La littérature n’est pas un contempteur de sa révolte.][La littérature lanterne.][La littérature dynamite.][Toujours autre les lettres, et pourtant proche leur résonance.][Les mots prennent exemple sur la fusion nucléaire.][Sans mémoire le savoir veut la vérité, avec des mots.][Les illusions s’agrègent en perspectives.][Le langage comme structure a le potentiel de se déstructurer.][L’invention de l’instant d’après, mais encore un discours pour l’instant d’après.][Abrupt le verbe se mue.][Fracture discours.][Le futur ne se façonne pas, il n’échoue qu’en conséquence.][Implacable souffle au vivant.][L’énergie qui doit être recherchée, et l’étymologie son marteau.][S’altère l’espoir, espoir.][Se fasse sans cesse voix en l’inconnu.][Donne nom, corps et métamorphoses.][Révérence à ce qui dépasse le verbe.][Ne pas, jamais être statique, ou rien.][L’avant-garde s’écrit avec de la terre, meurt par le feu, ne s’efface pas derrière les lignes.][La dynamique s’impose comme essence.][Pour que la littérature se torde à nouveau.][La littérature n’a pas de papiers.][La littérature étrangère à toute cité.][La littérature jette du réseau et ses entrecroisements.][En le réseau la littérature a une écriture de flammes.][Un réseau dialectique et harmonieux, ouvert à la parallaxe, la littérature y fuse.][Point de mire la littérature aveugle voit.][Le contresens s’habille d’obscur parmi le jour.][Morne l’érudition lorsqu’elle ne devient pas sa propre lumière.][Au cœur de son signe, la lettre scrute en silence.][La parole s’avance, ne se précipite pas, la lenteur a bonne allure.][La voix n’a que faire de l’horizon.][La question ne se pose pas en progrès.][Du doucereux poison le qui-vive se démène.][Faire, et défaire l’anesthésie moderne en l’hyperesthésie littéraire.][Invoquer le passé, le corrompre, le réévaluer, y inventer les outils de la transe.][La grammaire se meut en raison, cahots, cahots.][Que montre, que se taise le demain, cause littéraire.][Et brèche à la course la ponctuation qui s’échoue.][La répétition invoque les mondes.][Un regard mélancolique, et la littérature explose l’établi.][Souhait de luminescence et toute sympathie pour ce qui falsifie la monnaie.][La texture des mots est un flux discontinu, sans fin.][Jamais deux fois identiques, toujours en partage, l’esthétique du risque.][Dialogue avec l’inerte nie l’inertie.][Le support littéraire intensifie la littérature.][L’écriture n’a pas une forme propre.][L’amas de signes veut du vivant sa croissance et son tiraillement.][La syntaxe se forge de sa transformation.][Sans forme ne transforme l’idée.][S’avance, combat, rate et rature, mais ne cède rien l’idée à elle-même.][Nie la guerre et affirme la lutte.][Le langage emprisonne, la littérature libère.][Redire sans relâche la volonté de graver le réel.][Un devenir commun à la vie dans la raison qui recherche sa raison.][L’ordre des phrases a quelque chose d’atomique.][La sémantique se nourrit de pluies acides.][Le paragraphe a les mains sales puisque tout se tait autour d’elle.][Les virgules ont du sang sous les griffes.][La description s’assoit au croisement du labyrinthe.][L’inspiration est chose putride.][Le style perd ses mots, il s’affranchit.][Les mots ont la gueule ouverte.][L’époque vocifère en silence.][Le langage est muet du deçà.][La raison se décompose sous les néons.][Ce qui s’écrit patauge avec bonheur dans le caniveau.][La phrase syncope les consciences.][Le style se casse, les dents aussi.][Le mot qui déboulonne sublime.][Pourrit à l’ombre des villes, réinvente son propre terreau, d’altérités l’idée se réincarne.][L’idée a de la matière lorsqu’elle se confronte.][L’idée se défait du langage.][L’idée n’est jamais première.][L’idée fulgure de son partage.][L’idée de volte et de face louvoie.][L’idée se doit d’errer pour croître.][L’idée renonce à sa substance dès son énonciation.][…]